Je découvre alors les plateaux de cinéma grâce à André Téchiné que j’ai rencontré à un dîner et qui, voyant que j’aime le cinéma de Bergman et de Bresson, me propose en 1993 d’être stagiaire à la réalisation sur « Les roseaux sauvages ». Téchiné trouve le moyen de me rapprocher du plateau, d’éviter qu’on m’envoie sur les routes pour couper la circulation avant le « Moteur ! ».

Après dix années en presse écrite puis à M6 et Canal Plus, je décide de quitter le journalisme.

J’ai envie de raconter des histoires, des histoires que je peux enfin inventer. Le travail de journaliste me frustre. J’ai toujours eu le sentiment de passer à côté des gens que j’interviewe d’abord par manque de temps et parce que rien ne l’exigeait.

Je découvre ainsi le travail des acteurs et celui de la mise en scène. Construire un plan, diriger les comédiens… autant de leçons de cinéma qui resteront gravées…

Je commence à écrire mon premier scénario de court-métrage « Coma » avec le scénariste de Téchiné, Gilles Taurand, avec qui j’ai une vraie complicité qui dure encore aujourd’hui. En mai 1995, alors que je viens de tourner mon film avec une production qui me met à disposition un matériel de cinéma complet, Téchiné me propose d’être cette fois second-assistant à la réalisation sur « Les voleurs ». Je continue d’apprendre le métier mais j’ai la tête ailleurs. Je dois m’atteler au montage de mon film.

« Coma » est terminé en août. ARTE le visionne et décide de l’acheter, ce qui est un sacré encouragement pour moi. Parallèlement, pour gagner ma vie, je réalise des films d’entreprise pour France Télécom puis, décidé à continuer dans ma voie, je tourne mon deuxième court-métrage « Au-dessus de la mer » (1997 – LANCELOT FILMS) sur les plages de Vendée. ARTE m’encourage de nouveau en achetant le film et le diffuse dans « COURT-CIRCUIT ».

En 1999, Lars Von Treer a lancé un mouvement cinématographique « le dogme ». J’ai envie de m’y essayer à ma façon et décide d’écrire et tourner un court-métrage « Cadeaux » en ne travaillant qu’avec des lumières de bougies et en respectant quelques règles du dogme. Je le tourne à Nantes grâce à Christian Tison qui me suit dans mes projets avec Lancelot Films.

En 2000, en spectateur inconditionnel de l’émission « Strip-tease » sur France 3, je me rapproche des créateurs. Ils me font passer une journée entière de mise à l’épreuve devant une cinquantaine de films déjà diffusés et me demandent de les commenter, de les critiquer, de les analyser cherchant ainsi à s’enquérir de mon sens moral et de ma vision du monde. Je suis fasciné par ce que je vois et par cette forme d’écriture. Se confronter au réel, raconter la vie des gens, raconter des histoires : c’est ce qui me plaît…

Mon point de vue les convainc et Jean Libon décide de me faire rentrer dans son pôle de réalisateurs. Je dois trouver mon premier sujet. C’est par hasard que je tombe sur cette maison de retraite pour aristocrates « La Providence » tenue par des sœurs polonaises et située en plein quartier de « débauche » : Pigalle. Je trouve mon histoire et réalise « Les gens d’en face », film qui sera le premier d’une longue série puisque je réaliserai plus d’une dizaine de films pour l’émission dont la fameuse « chasse aux pigeons ».

Avec Strip-tease, je peux raconter les histoires que je veux, traiter les thèmes qui me touchent et m’initier au cinéma-documentaire. Mon passé de journaliste m’aide à filmer le réel et mon désir de cinéma m’incite à filmer les gens comme des personnages de fiction. La morale, le non-dit, l’enfermement, les problèmes de tolérance et de cohabitation entre des groupes sociaux ou culturels que tout oppose, la vie des personnes âgées, deviennent autant de sujets qui me travaillent.

Parallèlement, inspiré par une expérience vécue puis par un Strip-tease que je tourne à la Maison d’Arrêt de Valence, je commence l’écriture d’un deuxième scénario de long-métrage avec la collaboration de Gilles Taurand. « 7 ans », l’histoire d’une femme de détenu. Je le tourne avec 400 000 euros, produit par « Les films du Bélier ». Il sort le 21 février 2007 sur les écrans après avoir été sélectionné au festival de Venise, rêve que je ne pensais pas voir se réaliser…

En 2008, alors que je termine une longue tournée de festivals à l’étranger avec « 7 ans », je propose à France 5 de leur livrer un documentaire de 52 mn sur les enfants élevés dans les familles homoparentales. Le sujet est à l’époque tabou mais France 5 y croit et finance le film. « Parents comme-çi, enfants comme-ça » sera ainsi diffusé en Prime Time et sera un des premiers documentaires qui donne la parole aux enfants d’homosexuels..

En 2009, je me lance dans l’écriture d’une adaptation pour le cinéma de mon documentaire Strip-tease « Les gens d’en face » tout en réalisant pour le groupe SAFRAN une série documentaire sur l’histoire de ses usines.

Contre toute attente, je ressors de mes tiroirs un scénario de long-métrage, écrit quelques années plus tôt, dont le personnage principal est un psychiatre de prison. Je me décide à reprendre l’écriture. Au milieu de ce processus d’écriture de scénarii qui démarrent, s’arrêtent puis reprennent, comme les ouvrages de Pénélope, je décide d’écrire un livre sur mon père, sur « sa guerre » qui sortira en 2014 sous le titre « Un matin à Ouistréham » aux Editions Tallandier.

En 2015, Emilie Raffoul, productrice indépendante, me propose de participer à la création d’une nouvelle série documentaire intitulée « Vive la politique » pour France 3. L’occasion de revenir au cinéma direct et d’aller parcourir les villages de France à la recherche d’histoires humaines sur fond d’Action Publique. Le principe est de filmer des maires portés par un projet au sein de leur commune et de suivre son cheminement pour le meilleur et pour le pire. L’arrivée de migrants dans une commune, les projets pharaoniques d’un maire, les nuisance olfactives d’un village, la politique du bien-vivre ensemble d’un élu local… autant de sujets propices à raconter de vraies histoires, sans commentaires et sans interviews. J’ai ainsi la chance de signer 5 films : « Le maire et ses migrants », « Front de mer », « Odeurs sur la ville », « Hauts les cultes » et « Le maire et les chinois ».

En 2018, l’oeuvre de Georges Bernanos tombe dans le domaine public… En tant que petit-neveu et réalisateur de documentaire, je ressens comme une évidence que je dois faire un film sur lui. Mais ça n’est pas facile de convaincre les chaînes de télévision. Bernanos fait figure d’écrivain « catho » et est un peu boudé du public. Pourtant je sais que sa vie est un vrai roman, que les préjugés qui foisonnent autour de sa personne se doivent d’être levés. J’en parle à mon cousin Yves Bernanos, petit-fils de l’écrivain, réalisateur lui aussi. Il me confie qu’il souhaitait également faire un film sur notre aïeul… C’est là que nous vient l’idée de le faire ensemble…

Après un long travail d’écriture, de recherches de documents et de photos dans nos cartons respectifs, le projet est rejeté par les chaînes de télévision. Grâce à la « foi » de Bruno Florentin, producteur, qui croit dans le film, les choses se mettent en place. France 3 Haut de France, région constitutive de l’oeuvre de Bernanos, marche avec nous, tout comme la chaîne Weo.

Commence alors l’aventure du film, le tournage à Majorque, au Brésil, dans le Nord de la France… puis le montage… qui se terminera en mai 2019…

Cette intimité avec Bernanos me confirme dans mon envie d’adapter pour le cinéma (ou pour le théâtre) certains de ses romans jusque-là ignorés. « Un Mauvais rêve » ( pour le théâtre ) et « Un Crime » ( pour le cinéma ) sont en projet.

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